Historique de la ville

Contenu de la page : Historique de la ville

Depuis l’âge de Pierre jusqu’à nos jours, son histoire s’est confondue avec l’histoire de France. Située sur toutes les grandes routes européennes, elle a connu toutes les invasions qui ont déferlé venant d’Europe Centrale ou Germanique (les Vandales, les Goths, les Francs, les Huns d’Attila battus par Mérovée dans les plaines du Santerre) ou du Nord (les Normands, qui dévastèrent la région à partir des années 887).
Placée au cœur d’une région agricole fertile, elle fut également l’enjeu des luttes sévères du pouvoir royal contre les grands féodaux (les Ducs de Vermandois, le Duc de Bourgogne) ou contre les rois d’Angleterre auxquels s’alliaient Flamands, Espagnols et Autrichiens.

Ville frontière jusqu’en 1659 (la frontière passait à Marché Allouarde), elle était donc en première ligne des guerres de l’ancien Régime mais le recul des frontières n’a pu empêcher ROYE d’être la victime directe ou indirecte de toutes les guerres révolutionnaires, napoléoniennes ou modernes.
Aussi ne faut-il pas s’étonner que la ville accueillit au cours de son histoire, bon gré ou mal gré, toute une série de hauts personnages, depuis César jusqu’à Napoléon III en passant par Clovis, Philippe-Auguste, Louis XI, Henri IV, Louis XIII, Louis XIV, Louis XV, Louis XVIII, Louis Philippe, Charles le Téméraire, le Grand Condé et bien d’autres.
Aussi ne faut-il pas non plus s’étonner de ce que ce passé tumultueux n’ait pas laissé beaucoup de vestiges. Pourtant pour qui veut bien parcourir la ville avec l’œil amoureux de l’amateur d’Histoire, il est possible au détour d’une rue de retrouver ces souvenirs perdus.

Sans doute pense-t-on tout d’abord aux monuments les plus en vue, l’Eglise Saint Pierre dont il ne reste plus du XVe siècle que le chevet, l’Eglise Saint Gilles magnifique témoin de la fin du XVe siècle ; les remparts que l’on découvre tout d’abord dans le très beau Jeu de Paume, dont on peut suivre la trace sur les boulevards de l’Est et du Sud, que l’on retrouve enfin avec la Tour Saint Laurent qui porte encore sur ses flancs la trace des blessures que lui infligèrent les boulets du Grand Condé.
Plus discrets sont d’autres souvenirs : le vieux lavoir de la rue des Fontaines, la source Saint-Précore et la ruelle de la Fausse Porte qui conduit à la place du Bastion en forme de cœur dont le tracé épouse celui de l’ancien bastion qui défendait la Porte d’Amiens ; les deux maisons d’Octroi, autres vestiges des limites de la ville, l’une rue d’Amiens, l’autre jouxtant le Jeu de Paume.
Les deux guerres mondiales ont quasiment détruit tout ce qui pouvait subsister du passé à l’intérieur des remparts. Mais la ville a été reconstruite en respectant le tracé de ses anciennes rues et l’on peut imaginer sans trop de peine la ville ancienne quand on déambule place du Château, rue d’Ourscamp, rue des annonciades, rue du Beffroi ou rue des Minimes dans laquelle se voit encore la porte de l’ancien Hôpital des Femmes.

Ces ruelles ont connu les grandes figures de l’histoire de Roye ; Barthélémy de Roye, Chancelier de Philippe-Auguste, dont il sauva la vie à Bouvines ; Pierre Guérin, curé de Saint Georges, qui fut à l’origine d’une secte de dissidents, les guérinets ; Pierre Turpin et la Comtesse d’Etampes qui furent deux défenseurs glorieux de la ville ; Popincourt, premier Président du Parlement de Paris, qui laissa son nom à tout un quartier de Paris et bien d’autres encore.
C’est dans le cadre de ces rues qu’il y aura bientôt deux siècles, un jeune homme, dont le métier était de recenser les droits et privilèges que l’Ancien Régime accordait aux nantis de l’époque, prit conscience des injustices flagrantes de ce monde, se prit à rêver d’une autre forme de société fondée sur l’égalité, passa du rêve à la réflexion puis à l’action et finit par mourir pour son idéal sur l’échafaud. Il n’était pas né à Roye. Il mourut hors de Roye. Mais c’est à Roye qu’il s’était installé à vingt ans. C’est à Roye qu’il est devenu un homme, un révolté puis un révolutionnaire.
Il est entré dans l’histoire de la Révolution, dans l’histoire de France. Il s’appelait Gracchus Babeuf.

Jacques FLEURY
Député honoraire
Maire de Roye